L’alternative n’est pas un sujet

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Je m’étonne de n’avoir consacré à ce jour aucun article à l’adjectif « alternatif » (ni au substantif qui va avec). Le Bordas de 1997 rappelait déjà qu’alternative « ne signifi(ait) pas solution de rechange ». Cette recommandation ne semble toutefois pas avoir été comprise de la presse et des journalistes en général si l’on en juge à la multiplication des « opérateurs télécoms alternatifs », « fournisseurs d’énergie alternatifs » et, actualité oblige, « masques alternatifs ». Lire la suite

Parler de la crise en français

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Face à l’avalanche d’informations sur les divers aspects de la crise actuelle du coronavirus (sanitaires en tout premier lieu, mais aussi économiques et psychologiques), les médias et les politiques cèdent à la facilité d’employer des anglicismes qui ne servent à rien, et surtout pas à remonter le moral des amoureux de la langue française ! En voici quelques exemples dans une liste (malheureusement) non exhaustive…

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Trop de blabla !

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Dans sa grande mansuétude en cette période de « grève interprofessionnelle », la SNCF conseille aux usagers dépourvus de trains de se tourner vers d’autres moyens de transport longue distance. Elle propose notamment de recourir au covoiturage et aux « bus de ville à ville », ce qui n’existe pas, puisque les autobus (je cite le Robert) sont des « véhicules de transport en commun dans les villes ». Ce sont les autocars qui relient les villes entre elles (voir les fameux « Cars Macron »). Lire la suite

Aujourd’hui, c’est « Vendredi fou » !

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Une fois n’est pas coutume, je me contenterai aujourd’hui de rendre compte brièvement d’une initiative excellente de la section Pays de Savoie de l’association Défense de la langue française (dont je suis administratrice) pour inciter les commerçants locaux à rebaptiser « Vendredi fou » le hideux « Black Friday » (qui, en plus d’être bêtement repris de l’anglais, rappelle sinistrement le « Jeudi noir » de 1929 à toute personne ayant un minimum de culture économique). Lire la suite

Les technos parlent aux technos – et c’est loin d’être clair !

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Un technocrate est, d’après le Petit Robert, un ministre ou un haut fonctionnaire « tendant à faire prévaloir les conceptions techniques d’un problème au détriment des conséquences sociales ou humaines ». Chez le technocrate, le théoricien l’emporte sur le praticien. Or, comme tout domaine scientifique à l’heure actuelle, malheureusement, l’essentiel de la production des sciences économiques et sociales est publiée en anglais. Il s’ensuit que le technocrate (familièrement appelé « techno »), mais aussi, par extension, le chercheur ou le journaliste un peu paresseux ou doté d’un niveau d’anglais hésitant et d’une maîtrise aléatoire de sa langue maternelle, calquera dans ses propres écrits en français les mots qu’il a lus dans sa documentation, ce qui débouche, au mieux, sur des impropriétés, et, au pire, sur des contresens. J’ai choisi d’illustrer cette floraison de charabia par trois exemples de calques qui sont les mots « communauté », « fiscal » et « tarifs ». Lire la suite

Des plates-formes partout

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Ceux qui, comme moi, ont lu les Schtroumpfs dans leur enfance, connaissent cette formidable invention de Peyo, le « parler Schtroumpf », dans lequel ce dernier mot remplace tous les noms, verbes et adjectifs possibles. Ainsi, « je schtroumpfe que tu as schtroumpfé ton schtroumpf » pourra vouloir dire, indifféremment, « je suppose que tu as manqué ton avion », « j’espère que tu as arrosé ton lilas » ou « je crois que tu as fait tomber ton trousseau de clés ». C’est pratique et amusant, mais ce n’est pas très précis. Or, il est un mot actuellement, le mot « plate-forme », que je préfère écrire en deux mots*, mais la version en un seul mot existe aussi (d’ailleurs c’est la plus prisée aujourd’hui, sans doute pour des questions de place dans les articles de presse), utilisé dans tous les contextes, pour tout et n’importe quoi, qui me fait furieusement penser au mot joker des petits hommes bleus : à force d’être employé pour tout désigner, il ne veut plus rien dire et relègue les vocables plus précis au placard des mots inusités. Lire la suite

Du « genre » employé à tort et à travers

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Je me suis déjà exprimée maintes fois ici sur la différence entre le sexe des personnes (voire des animaux) et le genre grammatical, arguant qu’un homme pouvait être une brute ou une sentinelle, et qu’une femme n’avait pas besoin de rajouter un « e » à « écrivain » ou « auteur » pour faire carrière dans les lettres (ce qui était bien l’avis de Simone Veil et reste celui de Yasmina Reza, l’une défunte académicienne, l’autre femme de lettres française reconnue et jouée (comme dramaturge) partout dans le monde, qui n’ont pas eu besoin d’artifices grammaticaux pour faire valoir leur talent). Dans un autre registre, les hyènes et les fourmis peuvent être des mâles, ce qui n’empêche pas ces noms d’être du genre féminin. C’est de ce pauvre « genre » que je voudrais parler ici, lequel connaît une dérive sémantique lourdement influencée (comme toujours ?) par l’anglais et son « gender ». Lire la suite

Cyber et Crypto sont dans un bateau

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Cet article trouve son origine dans la coexistence de deux appellations pour une même réalité : une monnaie qui existe sous forme de code informatique et n’a pas d’autorité centrale d’émission, dont l’historique des mouvements est impossible à reconstituer et qui, comme l’argent liquide, ne peut être récupérée en cas de perte, à savoir le bitcoin, dont le nom signifie littéralement « pièce de monnaie numérique » et qui est désigné, avec ses petites sœurs moins connues, sous les noms de « cybermonnaie » ou de « cryptomonnaie ». Lire la suite

Le personnel a besoin de matériel

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Les substantifs « matériel » et « personnel » ont cela de commun qu’ils doivent habituellement s’employer au singulier uniquement. Ce sont des termes « indénombrables »* qui désignent un ensemble d’éléments formant un tout. Dans le premier cas, il s’agit de machines, de composants, d’équipements ou simplement d’objets divers (comme « le matériel de pêche ») et, dans le second cas, d’un groupe de salariés ou de fonctionnaires (« le personnel hospitalier »).

Il n’est pas rare pourtant que « matériel » comme « personnel » soient employés au pluriel. S’agit-il de tournures correctes ? Lire la suite

Ne faites pas confiance aux correcteurs automatiques !

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Mes lecteurs réguliers le savent : je lis l’hebdomadaire Challenges, une publication riche et intéressante sur le fond, mais très déficiente sur la forme. Prompts à embrasser avec enthousiasme les anglicismes et innovations langagières les plus discutables (« disruption », « auteure », etc.), la plupart des rédacteurs laissent des fautes d’orthographe et de grammaire élémentaires dans leurs articles (« accroc » à la place d’« accro », « elle s’est vue reprocher » alors que ce n’est pas « elle » qui reproche, pour citer deux exemples tirés du dernier numéro, dans lequel, ironiquement, Maurice Szafran présente à la rubrique littéraire un ouvrage sur l’attachement des Français à leur langue ! Je me demande ce qu’en pensent ses collègues…). Lire la suite