Les technos parlent aux technos – et c’est loin d’être clair !

Étiquettes

, , , , , , , , , , , , ,

Un technocrate est, d’après le Petit Robert, un ministre ou un haut fonctionnaire « tendant à faire prévaloir les conceptions techniques d’un problème au détriment des conséquences sociales ou humaines ». Chez le technocrate, le théoricien l’emporte sur le praticien. Or, comme tout domaine scientifique à l’heure actuelle, malheureusement, l’essentiel de la production des sciences économiques et sociales est publiée en anglais. Il s’ensuit que le technocrate (familièrement appelé « techno »), mais aussi, par extension, le chercheur ou le journaliste un peu paresseux ou doté d’un niveau d’anglais hésitant et d’une maîtrise aléatoire de sa langue maternelle, calquera dans ses propres écrits en français les mots qu’il a lus dans sa documentation, ce qui débouche, au mieux, sur des impropriétés, et, au pire, sur des contresens. J’ai choisi d’illustrer cette floraison de charabia par trois exemples de calques qui sont les mots « communauté », « fiscal » et « tarifs ». Lire la suite

Publicités

Des plates-formes partout

Étiquettes

, , ,

Ceux qui, comme moi, ont lu les Schtroumpfs dans leur enfance, connaissent cette formidable invention de Peyo, le « parler Schtroumpf », dans lequel ce dernier mot remplace tous les noms, verbes et adjectifs possibles. Ainsi, « je schtroumpfe que tu as schtroumpfé ton schtroumpf » pourra vouloir dire, indifféremment, « je suppose que tu as manqué ton avion », « j’espère que tu as arrosé ton lilas » ou « je crois que tu as fait tomber ton trousseau de clés ». C’est pratique et amusant, mais ce n’est pas très précis. Or, il est un mot actuellement, le mot « plate-forme », que je préfère écrire en deux mots*, mais la version en un seul mot existe aussi (d’ailleurs c’est la plus prisée aujourd’hui, sans doute pour des questions de place dans les articles de presse), utilisé dans tous les contextes, pour tout et n’importe quoi, qui me fait furieusement penser au mot joker des petits hommes bleus : à force d’être employé pour tout désigner, il ne veut plus rien dire et relègue les vocables plus précis au placard des mots inusités. Lire la suite

Du « genre » employé à tort et à travers

Étiquettes

, , , , , , , , , ,

Je me suis déjà exprimée maintes fois ici sur la différence entre le sexe des personnes (voire des animaux) et le genre grammatical, arguant qu’un homme pouvait être une brute ou une sentinelle, et qu’une femme n’avait pas besoin de rajouter un « e » à « écrivain » ou « auteur » pour faire carrière dans les lettres (ce qui était bien l’avis de Simone Veil et reste celui de Yasmina Reza, l’une défunte académicienne, l’autre femme de lettres française reconnue et jouée (comme dramaturge) partout dans le monde, qui n’ont pas eu besoin d’artifices grammaticaux pour faire valoir leur talent). Dans un autre registre, les hyènes et les fourmis peuvent être des mâles, ce qui n’empêche pas ces noms d’être du genre féminin. C’est de ce pauvre « genre » que je voudrais parler ici, lequel connaît une dérive sémantique lourdement influencée (comme toujours ?) par l’anglais et son « gender ». Lire la suite

Cyber et Crypto sont dans un bateau

Étiquettes

, , , , , , ,

Cet article trouve son origine dans la coexistence de deux appellations pour une même réalité : une monnaie qui existe sous forme de code informatique et n’a pas d’autorité centrale d’émission, dont l’historique des mouvements est impossible à reconstituer et qui, comme l’argent liquide, ne peut être récupérée en cas de perte, à savoir le bitcoin, dont le nom signifie littéralement « pièce de monnaie numérique » et qui est désigné, avec ses petites sœurs moins connues, sous les noms de « cybermonnaie » ou de « cryptomonnaie ». Lire la suite

Le personnel a besoin de matériel

Étiquettes

, , ,

Les substantifs « matériel » et « personnel » ont cela de commun qu’ils doivent habituellement s’employer au singulier uniquement. Ce sont des termes « indénombrables »* qui désignent un ensemble d’éléments formant un tout. Dans le premier cas, il s’agit de machines, de composants, d’équipements ou simplement d’objets divers (comme « le matériel de pêche ») et, dans le second cas, d’un groupe de salariés ou de fonctionnaires (« le personnel hospitalier »).

Il n’est pas rare pourtant que « matériel » comme « personnel » soient employés au pluriel. S’agit-il de tournures correctes ? Lire la suite

Ne faites pas confiance aux correcteurs automatiques !

Étiquettes

, , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Mes lecteurs réguliers le savent : je lis l’hebdomadaire Challenges, une publication riche et intéressante sur le fond, mais très déficiente sur la forme. Prompts à embrasser avec enthousiasme les anglicismes et innovations langagières les plus discutables (« disruption », « auteure », etc.), la plupart des rédacteurs laissent des fautes d’orthographe et de grammaire élémentaires dans leurs articles (« accroc » à la place d’« accro », « elle s’est vue reprocher » alors que ce n’est pas « elle » qui reproche, pour citer deux exemples tirés du dernier numéro, dans lequel, ironiquement, Maurice Szafran présente à la rubrique littéraire un ouvrage sur l’attachement des Français à leur langue ! Je me demande ce qu’en pensent ses collègues…). Lire la suite

En 2018, luttons contre la pauvreté… du langage !

Étiquettes

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

En ce début d’année, j’ai choisi de m’intéresser à deux anglicismes à la mode qui sont des mots « attrape-tout » ; utilisés à tort et à travers, ils pourraient avec profit être remplacés par des synonymes français plus nuancés, au sens plus riche et plus précis. Il s’agit de « coach » et du couple  « disruptif /disruption ».

Lire la suite

Nommer l’innovation : la terminologie à Bercy

Étiquettes

, , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

J’ai assisté en différé à une conférence passionnante organisée au ministère de l’Économie et des Finances, intitulée « Terminologie de l’économie ». Vous la retrouverez en intégralité sur le site du ministère mais je voulais mettre l’accent ici sur quelques points phares, et en particulier sur les deux notions fondamentales rappelées par le haut fonctionnaire chargé de la terminologie, Patrice Fournier : 1) il faut pouvoir nommer les (nouveaux) concepts dans sa langue maternelle et 2) être le meilleur possible dans la langue qu’on maîtrise le mieux pour nommer l’innovation. On ne saurait mieux résumer la pensée de ce blog, à savoir nommer les idées clairement, en français, pour qu’elles soient parfaitement comprises par tous, y compris les non-spécialistes. Lire la suite

Droit et vocabulaire : les trois adjectifs frères que sont « judiciaire », « juridique » et « légal »

Étiquettes

, , , , , , , ,

Le sujet d’aujourd’hui, les trois adjectifs voisins « judiciaire », « juridique » et
« légal », m’est directement inspiré par ma pratique de traductrice professionnelle. En effet, ce sont trois traductions possibles de l’anglais legal. Pour autant, ils ont chacun un sens bien précis, et il serait fâcheux de les confondre. Lire la suite

Du pain bénit pour les rédacteurs de dictées !

Étiquettes

, , , , , , , , , , , ,

Je lisais récemment dans un magazine qu’un homme s’en retournait, fatigué, vers sa « maison décrépie ». L’adjectif m’a fait sursauter, car il s’agissait d’une maison en briques, dénuée de crépi et qui n’en avait visiblement jamais été recouverte. Il y a fort à parier que le journaliste voulait écrire « décrépite », au sens de « mal en point, abîmée ». En effet, si ces deux adjectifs se ressemblent beaucoup, à un t près, ils n’en ont pas moins des sens différents. Lire la suite